La Prière pour la Paix

Attribuée à Saint François d’Assise

Seigneur, faites de moi un Instrument de Votre Paix.
Là où il y a de la Haine, que je mette l’Amour.
Là où il y a l’Offense, que je mette le Pardon.
Là où il y a la Discorde, que je mette l’Union.
Là où il y a l’Erreur, que je mette la Vérité.
Là où il y a le Doute, que je mette la Foi.
Là où il y a le Désespoir, que je mette l’Espérance.
Là où il y a les Ténèbres, que je mette Votre Lumière.
Là où il y a la Tristesse, que je mette la Joie.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à Consoler ;
à être compris qu’à Comprendre ;
à être aimé qu’à Aimer ;
car c’est en Donnant qu’on Reçoit ;
c’est en s’Oubliant qu’on Trouve ;
c’est en Pardonnant qu’on est Pardonné ;
c’est en Mourant qu’on Ressuscite à l’Éternelle Vie.

A l’origine, une Prière à faire pendant la Sainte Messe. Si cette belle Prière est mondialement connue aujourd’hui, peu de gens savent, en revanche, qu’elle « date » en réalité de 1912 ¹ ! Sous le titre « Belle Prière à faire pendant la Messe », elle fut, en effet, publiée pour la première fois en 1912 dans le bulletin La Clochette ² de la Ligue de la Sainte Messe de l’Abbé Esther Bouquerel (1855-1923), un prêtre normand très engagé dans l’apostolat de la Sainte Messe et les Congrès eucharistiques.

Ses origines demeurent obscures (l’on ne connaît ni son auteur ni sa date de composition) mais il n’est pas impossible que l’Abbé Bouquerel en soit l’auteur car il n’a publié, dans sa revue eucharistique, que peu de textes qui ne soient pas de lui ³. Certains chercheurs ont également noté des similitudes avec la Prière de la Consécration (du genre humain) au Sacré-Cœur de Jésus publiée par le Pape Léon XIII en 1899.

De la Normandie au Vatican

Parmi les 8000 abonnés de La Clochette, l’un d’eux, le Chanoine Louis Boissey (1859-1932), un curé normand très engagé dans l’œuvre de la paix, la reproduisit dans le numéro de janvier 1913 de son bulletin Les Annales de Notre-Dame de la Paix.

C’est à la lecture de ce dernier qu’un autre normand, le Marquis Stanislas de la Rochethulon et Grente (1862-1945), la releva et lui donna, comme on va le voir, une diffusion inattendue.

Personnage fantasque (il prétendait être cousin des Rois d’Angleterre, des souverains scandinaves et du Tsar de Russie !), le Marquis la publia, à son tour, sous le titre fantaisiste suivant : « Prière du Souvenir Normand au Sacré-Cœur inspirée du testament de Guillaume le Conquérant, Rouen Saint-Gervais, 9 sept. 1087. »

En 1915, le Marquis l’envoya au Pape Benoît XV (1854-1922) qui l’apprécia fortement car elle rejoignait ses préoccupations pour la paix en Europe et sa dévotion au Sacré-Cœur. Le Souverain Pontife en fit publier une traduction italienne en première page du journal L’Osservatore Romano le 20 janvier 1916.

Le 28 janvier 1916, le journal La Croix reproduisit l’article de son homologue du Vatican : « On lit dans l’Osservatore Romano : Le « Souvenir normand » a fait parvenir au Saint-Père le texte de quelques prières pour la paix. Il nous plaît de reproduire notamment celle qui est adressée au Sacré Cœur et qui s’inspire du testament de Guillaume le Conquérant. La voici textuellement dans sa touchante simplicité : «Le Saint-Père a vivement goûté cette émouvante prière, et il est souhaitable qu’elle trouve un écho dans tous les cœurs et qu’elle soit l’expression du sentiment universel.» 4

Sa Diffusion en Milieu Franciscain

Vers 1916-1918, un prêtre capucin, le Père Étienne Benoît, visiteur du Tiers-Ordre franciscain de la région de Reims, l’imprima (sous le titre « Prière pour la Paix ») au dos d’une image pieuse de Saint François d’Assise, mais sans l’attribuer au Saint (!), et en recommanda, dans une note, l’usage à ses Tertiaires : « Cette prière résume merveilleusement la physionomie extérieure du véritable Enfant de Saint François et les traits saillants de son caractère. Que tous les Tertiaires du district de Reims en fassent leur programme de vie. Le plus sûr moyen de le réaliser est encore de réciter pieusement cette formule tous les jours et de demander à Dieu, avec ferveur, la grâce de la mettre en pratique. » 5

Sa Diffusion en Milieu Protestant et aux États-Unis

Durant l’entre-deux-guerres, elle fut reprise par des mouvements protestants pacifistes qui la diffusèrent largement en Europe et dans le monde entier.

En 1927, elle fut attribuée pour la première fois à Saint François d’Assise par un mouvement pacifiste protestant français : les Chevaliers du Prince de la Paix du Pasteur réformé Étienne Bach (1892-1986).

En 1936, elle arriva aux États-Unis avec Kirby Page (1890-1957), un Ministre de l’Église du Christ qui la publia dans son livre « Vivre courageusement » où il l’attribua, lui aussi, à Saint François d’Assise. Dès lors, elle connut une très grande diffusion dans les milieux protestants américains.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Cardinal Francis Spellman (1889-1967), archevêque de New York, la diffusa à des millions d’exemplaires.

En 1946, elle fut lue au Sénat à Washington par le Sénateur du New Jersey Albert Wahl Hawkes (1878-1971).

De Margaret Thatcher à la Princesse Diana

Depuis, elle a été citée par des dizaines de personnalités venues d’horizons différents comme : Margaret Thatcher (1925-2013), Mère Teresa (1910-1997), le Pape Jean-Paul II (1920-2005), Bill Clinton (1946-), etc.

Le 4 mai 1979, jour de son installation comme Premier Ministre du Royaume-Uni, la « Dame de fer » Margaret Thatcher la cita sur le perron du 10 Downing Street devant les caméras et les journalistes du monde entier.

Lors de son discours d’acceptation du Prix Nobel de la paix à Oslo le 11 décembre 1979, Mère Teresa expliqua en ces termes la place qu’occupait cette Prière dans sa vie et celle de sa communauté: « Puisque nous sommes tous réunis pour remercier Dieu du prix Nobel de la paix, je pense qu’il serait bon que nous récitions ensemble la prière de saint François d’Assise que j’aime beaucoup. Nous, les Missionnaires de la Charité, la récitons tous les jours après la Communion, car nous la trouvons très adaptée à notre situation. Lorsqu’il y a quatre cents ou cinq cents ans saint François d’Assise composa cette prière, les difficultés qu’il avait à affronter devaient être quelque peu semblables aux nôtres, aussi la trouvons-nous accordée à notre sensibilité et à nos besoins. Prions ensemble : » 6

Le 27 octobre 1986 à Assise, le Pape Jean-Paul II l’employa pour clôturer la Journée mondiale de prière qu’il organisa à l’occasion de l’Année internationale de la paix proclamée par les Nations unies.

Le 4 octobre 1995, le Président des États-Unis Bill Clinton la cita lorsqu’il accueillit à l’aéroport de New York Jean-Paul II qui se rendait à l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations unies.

C’était enfin l’un des cantiques préférés de la Princesse de Galles Diana Spencer (1961-1997). Il fut chanté lors de ses funérailles célébrées en l’abbaye de Westminster le 6 septembre 1997. Ce cantique figure d’ailleurs dans de nombreux recueils de chants des Églises anglophones tant catholiques, anglicanes que protestantes.

Une Prière Catholique à Redécouvrir

Si, comme on vient de le voir, cette Prière a connu un grand succès « œcuménique », force est de constater qu’elle a aussi perdu de ses racines catholiques. Car vous l’aurez bien compris, la Paix dont il est ici question, ne renvoie pas à la paix du monde qui est fragile, imparfaite et temporaire mais à la Véritable Paix, celle qui ne peut être donnée que par le « Prince de la Paix » Lui-Même : notre Seigneur Jésus-Christ. Cette Paix-là, la Paix du Christ, est toute Spirituelle, Intérieure et Éternelle.

Méditons cette Prière et récitons-la aussi souvent que possible dans le cadre de nos liturgies gallicanes. Et surtout tachons de la traduire en actes concrets dans notre vie quotidienne de Chrétien.

Quant au « Povorello », on peut dire sans se tromper que bien qu’il n’en soit pas l’auteur, elle lui ressemble et ne lui aurait pas déplu.

Frère Christophe-André


Sources:

¹ Christian Renoux. La prière pour la paix attribuée à saint François : une énigme à résoudre. Paris, Éditions franciscaines, Collection « Présence de saint François » n° 39, 2001, p. 21.
² Décembre 1912, n° 12, p. 285.
³ Christian Renoux. Op. cit., p. 27-28.
4 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2593157/f6.image
5 Christian Renoux. Op. cit., p.72-73.
6 Mère Teresa et José-Luis González-Balado. Nous serons jugés sur l’Amour. Montréal, Médiaspaul, Collection « Maranatha » n° 7, 1987, p. 95.

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